La nutrition et la digestion en Ayurvéda

L’Ayurvéda et l’alimentation

En Ayurvéda, l’alimentation est la principale méthode pour conserver l’équilibre des éléments en nous (terre, eau, feu, air, éther), et donc l’équilibre des doshas (Vata, Pitta, Kapha).

Et comme nous sommes tous différents, nous ne sommes pas tous supposés manger pareil (ou du moins dans les mêmes proportions) pour rester en bonne santé ! Chacun a en effet son propre équilibre (voir le premier article sur les principes de base de l’Ayurvéda pour plus de détails, et notamment sur le prakriti). Dans l’idéal, il faudrait donc se poser la question : « qu’est-ce que j’ai déjà en moi ? De quoi ai-je besoin ? ».

Une alimentation ou une manière de se nourrir inadaptée génère inévitablement un déséquilibre des doshas, avec des symptômes ressentis au niveau du corps, de la digestion et des éliminations. Au contraire, des habitudes alimentaires correctes sont considérés comme étant la source de la santé physique et mentale (l’aliment est ainsi le premier remède préventif). La qualité et la quantité de ce que nous mangeons est donc très importante !

« La nourriture est la vie. Quand elle est prise correctement, elle apporte jeunesse et longévité. Prise de manière incorrecte, elle crée des toxines et finit par enlever la vie. » [Caraka Sutra Sthana 27 :3 ]

Selon Ayurvéda, la nourriture fraîche est une source essentielle de Prana (énergie vitale), contrairement aux produits industriels ultra-transformés, aux conserves, et aux aliments raffinés qui en sont dépourvus (ou presque). C’est un point qui est aussi mentionné en médecine chinoise : plus l’aliment est transformé, plus il perd de son énergie vitale. D’où l’intérêt de consommer des aliments frais et locaux (moins de transport) !

Agni, le feu digestif

Le mot Agni signifie feu. Treize feux agissent dans l’organisme et gouvernent diverses activités métaboliques. Ils sont nécessaires aux diverses transformations dans le corps (formation de tissues, dégradation des aliments, assimilation de nutriments, etc) et dans l’esprit (« digestion » et gestion des émotions, des pensées, etc). Les enzymes, les hormones, les neurotransmetteurs, etc : toutes ces molécules dont parle la médecine occidentale sont inclues dans ce terme agni .

Le « feu de l’estomac » (jatharagni), aussi appelé le « feu digestif », est considéré comme le plus important en Ayurvéda. En effet, une bonne santé dépend d’une digestion et d’une assimilation correctes de la nourriture. Il faudrait, dans l’idéal, manger selon son feu digestif !

Un bon nombre de pratiques et herbes ayurvédiques sont utilisées pour renforcer le feu digestif. C’est le cas de l’usage des épices telles que le cumin, la coriandre (graines), le fenouil (graines), le gingembre frais (photo ci-dessous), etc. Sans bon feu digestif, il est utopique de vouloir avoir une bonne santé !

Malas, les déchets

Les déchets (appelés malas) sont des produits formés naturellement par des processus métaboliques. Les 3 principaux déchets sont les selles (purisha), l’urine (mutra) et la sueur (sveda). Ils doivent toujours être éliminés quand on en ressent le besoin.

En quantités normales, ils ne causent pas de maladie. En revanche, l’accumulation excessive (ou au contraire, l’excrétion excessive) d’un ou de plusieurs malas conduit à diverses maladies. Leur élimination convenable est un critère de bonne santé.

Une mauvaise alimentation peut influencer l’élimination de ces déchets. Par exemple, cela peut conduire à une mauvaise évacuation des selles (constipation) ou à une urine excessive (polyurie dans le cas du diabète), etc.

Ama, les toxines

En Ayurvéda, le résultat d’aliments non digérés est un dérivé toxique appelé ama, qui altère le bon fonctionnement du corps. Des aliments mal digérés seront donc nuisibles au corps, mêmes s’ils sont nutritifs et frais.

Ama se mélange aux fluides du corps et atteint les différentes parties du corps (par exemple, s’il se loge dans les articulations, il entraîne de l’arthrite). Ama est un facteur significatif dans le processus de la maladie.

Les deux principaux facteurs entraînant la formation de cet « encrassement » sont un faible feu digestif (la nourriture consommée n’est pas complètement digérée) et une alimentation inappropriée (même si le feu digestif est fort et fonctionne normalement, il ne peut pas digérer convenablement les aliments si les quantités sont excessives, si l’on mange alors que le repas précédent n’est pas complètement digéré, etc).

Voici quelques symptômes généraux provoqués par la formation de ama : léthargie ou faiblesse, dépression, irritabilité, douleurs, perte d’appétit, lourdeur dans l’estomac, constipation, flatulences, dépôts sur la langue, mauvaise respiration, transpiration excessive, urine trouble, mucus dans les selles, selles qui ne flottent pas.

L’importance des goûts (rasas) et des qualités (gunas) des aliments

La science nutritionnelle en Ayurvéda est établie à partir du goût (appelé rasa) et des qualités manifestées (appelées gunas) des aliments, et non à partir de calories, de protéines, de glucides, vitamines, etc.

Les facteurs influençant les qualités des aliments

Les effets procurés par les aliments sont influencés par leurs qualités manifestées (appelées gunas), elles-mêmes influencées par les facteurs suivants :

  1. la nature (10 paires d’adjectifs définissent la nature des aliments ; les 3 plus importantes sont les suivants : lourd/léger, humide/sec, chaud/froid) ;
  2. la préparation (type de cuisson, ajout d’aromates, mixage ou non, etc) ;
  3. la combinaison (de plusieurs aliments) ;
  4. la quantité (l’effet produit peut dépendre de la quantité absorbée) ;
  5. l’habitat (région et climat dans lequel a poussé l’aliment) ;
  6. ­le temps (moment de la journée, saisons, etc) ;
  7. le consommateur (les effets internes dépendent de la personne)
  8. les règles alimentaires (certaines règles influences les effets des aliments)

Les effets des aliments dépendent donc autant du consommateur (facteur n°7) que de facteurs qui lui sont extérieurs (autres facteurs). Certains facteurs ont un impact positif ou négatif sur tout le monde (exemple : la consommation excessive d’un aliment (facteur n°4 : la quantité) : elle impacte négativement tout individu car entraîne la formation de ama).

Les goûts (rasas)

L’Ayurveda distingue 6 goûts (rasas) : le sucré, l’acide, l’amer, le piquant, l’astringent. Le ou les goûts prédominants d’un aliment sont des bons indicateurs des effets de cet aliment sur le corps : les goûts partageant un élément commun avec un dosha l’augmentent (aggrave), alors que ceux qui sont opposés à la nature du doshas le diminuent (soulage).

Le tableau suivant explique la relation entre chaque rasa et chaque dosha (+ : aggrave ; – : soulage) :

Chaque personne a besoin d’avoir un peu de ces six goûts au quotidien, mais dans des proportions différentes.

Le goût « doux » est le goût le plus important, tout le monde devrait en manger plus que les autres goûts (mais attention, « doux » ne veut pas dire « sucre » !).

L’alimentation sattvique

Selon l’Ayurvéda, ce que l’on mange a un effet direct sur notre physique et sur notre psychique. Une nourriture sattvique est fraîche et végétarienne. Elle équilibre le corps et l’esprit. Dans une telle alimentation, les aliments suivants sont inclus : fruits et légumes frais, céréales (riz, froment orge, etc.), pains, oléagineux, graines germées, salades, lait (correctement préparé), tisanes, jus de fruits et de légumes purs, miel.

Aliments bruts, bases d'une alimentation saine et zéro déchet

Associée à un mode de vie sattvique (méditation, yoga, etc.), une telle nourriture aide à se rapprocher d’une constitution mentale sattvique (c’est à dire paisible, honnête, créative, etc).

Conseils généraux pour les repas

Voici quelques conseils généraux issus de l’Ayurvéda. Ils relèvent du bon sens, mais une petite piqûre de rappel ne fait pas de mal !

  1. Manger dans une atmosphère paisible et confortable, en bonne compagnie et dans un bon état d’esprit (ne pas être triste, en colère, contrarié au moment du repas ; si c’est le cas, se poser quelques minutes avant de manger pour se calmer).
  2. Manger assis, en se concentrant sur ce que l’on mange (réduire les distractions)
  3. Manger lorsque vous avez faim, et non par habitude ou par gourmandise.
  4. Mâcher correctement votre nourriture (cette étape fait partie de la digestion !).
  5. Eviter de consommer de la nourriture et des boissons très froides (qui sortent du réfrigérateur), cela diminue le feu digestif.
  6. Attendre d’avoir digéré le repas précédent avant de manger de nouveau (2-3h minimum, et plutôt 4-5h après un repas complet végétarien, plutôt 5-6h après un repas carné)
  7. Eviter de boire de grandes quantités de liquide juste avant et pendant le repas (boire plutôt entre les repas, et boire une petite quantité d’eau chaude ou d’infusion après le repas)
  8. Manger autant que possible de la nourriture fraîchement cuisinée (avec amour et dévotion, car l’état de conscience du cuisinier influence la nature des aliments préparés !).
  9. Être à l’écoute de son sentiment de satiété et s’arrêter quand il est temps (si besoin, on ne finit pas son assiette !). Manger en conscience permet de sentir le sentiment de satiété arriver. Idéalement, l’estomac devrait être rempli à moitié par des aliments solides, à un quart par des liquides (tièdes ou chauds) et le quart restant devrait rester vide. Après avoir mangé, un sentiment de satisfaction mais non de lourdeur devrait être ressenti.
  10. Manger les fruits frais en dehors des repas.
  11. Privilégier les modes de cuisson doux, respectueux de l’aliment : à l’étouffée, revenu dans un peu de matière grasse puis mijoté, à la vapeur douce, au four (éviter très hautes températures).
  12. Et surtout, quoique vous mangiez, appréciez-le !!

Pour des conseils plus personnalisés et un bilan (de vitalité et de constitution ayurvédique), n’hésitez pas à me contacter ou à aller voir les pages « une approche holistique » et « consultations » !

A bientôt pour de nouveaux articles ou recettes.

Estelle.

Sources (textes) : Livre « Ayurvéda, l’équilibre de la vie », de Partap Chauhan ; formation GreensAyurveda (Inde) ; Textbook of Ayurveda, Vol.1, de Vasant Lad.


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